Colonnes d'incendie — conception et dimensionnement

Un outil pour concevoir et dimensionner une colonne sèche ou une colonne en charge, au regard des règles de l'art (juin 2007, amendements A1 de février 2011 et A2 d'août 2011) et, en établissement recevant du public, des articles MS 18 à MS 21 de l'arrêté du 25 juin 1980.

Une seule description de l'ouvrage — le raccord d'alimentation, la traînasse s'il y en a une, puis les niveaux de desserte avec leurs prises — alimente deux moteurs : un moteur hydraulique, qui dit quelle pression l'engin devra fournir pour tenir le débit exigé à la prise la plus défavorisée, et un moteur de règles, qui confronte la description aux textes et dit, pour chaque règle non satisfaite, ce qui manque.

! L'outil ne dit pas si une colonne est obligatoire. Le choix des colonnes d'incendie, leur nombre et leur répartition sont explicitement hors du champ du référentiel et relèvent de la réglementation applicable à l'établissement. Cette question se traite avec les outils dédiés du site : « arrêté du 25/06/1980 » pour les ERP, « arrêté du 31/01/1986 » pour les bâtiments d'habitation. Cet outil part d'une colonne déjà prescrite et la conçoit.

Sommaire

  1. Ce que fournit l'outil
  2. Décrire une colonne
  3. Le point de méthode : le dénivelé n'est pas une perte de charge
  4. Trois colonnes sèches dimensionnées
    1. A1 — ERP, DN 65 montante sur huit niveaux
    2. A2 — la même colonne portée à 66 m, et pourquoi elle tombe
    3. A3 — colonne descendante desservant trois sous-sols
  5. Les colonnes en charge : zones de pression et réserve
  6. La conformité à deux poids, et le renvoi de MS 18 § 2
  7. Le schéma de principe
  8. Enregistrer, rouvrir, exporter
  9. Ce que l'outil ne dit pas

0. Ce que fournit l'outil

Cinq sorties, sur un ouvrage décrit une seule fois

Ce que l'outil calcule, et avec quoi

Le référentiel fixe un résultat à atteindre — un débit, une perte de charge maximale, une pression minimale à la prise la plus défavorisée — et laisse la note de calcul au projeteur. Elle ne donne aucune corrélation, aucune rugosité, aucun coefficient de perte de charge singulière. L'outil emploie donc l'hydraulique générale :

Corrélation
Darcy-Weisbach, coefficient de frottement par Colebrook-White
Fluide
Eau à 10 °C, masse volumique et viscosité cinématique correspondantes
Rugosité
Au choix : acier galvanisé neuf, acier galvanisé avec une valeur de vieillissement (retenue par défaut), acier à revêtement intérieur, acier inoxydable
Singularités
Au forfait — une majoration de la perte de charge linéaire — ou au détail, coude par coude, té par té, vanne par vanne

Ces hypothèses sont écrites en toutes lettres au bas de chaque note de calcul, et reprises dans l'export CSV. Un projeteur qui reprend le calcul doit savoir ce qui vient du référentiel et ce qui vient de l'outil : la note le dit d'elle-même.

! La valeur de vieillissement est proposée par défaut, et non la valeur du tube neuf. Une colonne sèche passe sa vie vide et humide ; dimensionner un ouvrage de quarante ans sur l'état de surface d'un tube sortant d'usine est optimiste.

1. Décrire une colonne

L'ouvrage

Type — colonne sèche (alimentée par les services de secours, vide au repos) ou colonne en charge (reliée à une réserve et à un dispositif d'alimentation, en eau sous pression en permanence). Sens — montante ou descendante ; le sens change la dotation en prises exigée à chaque niveau, et il change le signe du dénivelé. Classe, tube et état de surface. Emplacement de la colonne, qui doit être une zone protégée.

Le régime réglementaire ne sert qu'à savoir quel texte est opposable : ERP, habitation, IGH, code du travail, ou aucun. Il ne dit jamais si une colonne est due.

Un niveau de desserte, c'est quoi

Repère
Le nom du niveau, tel qu'il figurera sur le schéma et dans la note. Unique.
Cote du plancher
Comptée depuis le niveau d'accès des engins, positive vers le haut. Elle doit croître sur une montante et décroître sur une descendante : l'outil refuse une liste qui redescend au milieu, parce que le cumul de perte de charge ne correspondrait alors à aucun parcours réel.
Longueur développée
Celle du tronçon qui va du niveau précédent (ou du pied de colonne) à ce niveau. Elle est supérieure au dénivelé dès qu'il y a des déviations.
Hauteur et angle de sortie
Du centre de la section de sortie des prises, au-dessus du niveau d'accès aux prises. Contrôlés contre la fourchette et l'inclinaison de le référentiel.
Prises
Nombre de sorties DN 40, nombre de prises DN 65, réalisation en prise double, présence d'un coffret. La dotation est confrontée à celle qu'exige le référentiel pour la classe et le sens retenus.
Singularités
En mode détail seulement : coudes, tés, vannes, clapets, réductions, comptés sur ce tronçon.

Le bouton « Générer une série de niveaux… » crée d'un coup n niveaux à hauteur d'étage constante. C'est le cas courant ; les cotes se retouchent ensuite une à une.

Raccord d'alimentation et traînasse

Le raccordement est direct quand le raccord est posé sur la colonne elle-même, indirect quand une conduite d'allure horizontale — la traînasse — les relie. Dans le second cas, l'outil demande sa longueur développée, son dénivelé, son tube, les locaux qu'elle emprunte et si elle traverse un local à risques particuliers. Sa perte de charge entre dans le budget au même titre que celle de la colonne, et son diamètre est confronté à celui de la colonne.

✓ Le référentiel demande un tracé de traînasse « aussi court et aussi rectiligne que possible ». Ce n'est pas une exigence cosmétique : chaque coude se paie sur le budget de perte de charge, et la traînasse est la partie du parcours où l'on est le plus tenté d'en ajouter.

2. Le point de méthode : le dénivelé n'est pas une perte de charge

C'est la décision qui gouverne tout le calcul, et elle mérite d'être comprise avant de lire un résultat.

Le budget de perte de charge que le référentiel impose figure sous un titre sans ambiguïté : « Pertes de charge ». Une hauteur d'eau n'en est pas une : c'est une énergie potentielle, restituée intégralement à la descente, et qui ne dépend ni du débit ni du diamètre. Les additionner produirait une absurdité facile à vérifier — une colonne de 45 m, cas parfaitement ordinaire, consommerait 4,4 bar de budget avant même d'avoir vu passer un litre d'eau, et serait déclarée non conforme à vide.

L'outil compose donc la pression requise à l'alimentation ainsi :

Palimentation = Pexigée à la prise + ΔPlinéaire + ΔPsingulière + ρ·g·Δz

… et il ne confronte au budget du référentiel que les deux termes du milieu. Le dénivelé, lui, se paie en pression à l'alimentation — c'est-à-dire sur l'engin, là où il se paie réellement.

L'hypothèse de débit, et pourquoi elle est enveloppe

Le débit est réputé intégralement appelé à la prise considérée : il transite donc par toute la colonne jusqu'à elle. C'est l'hypothèse la plus défavorable, et c'est celle que le référentiel impose de vérifier à l'essai quinquennal — le débit de la colonne doit pouvoir être atteint jusqu'à la prise la plus défavorisée. Calculer avec une répartition entre prises donnerait un ouvrage qui ne passe pas son propre essai de maintenance.

Ce que l'outil ne sait pas, et qu'il déclare

Les règles propres à la robinetterie ne sont pas dépouillées. La perte de charge propre d'une prise d'incendie n'est donc pas connue de l'outil : la pression est calculée au piquage de la prise, dans la colonne. Un champ permet d'ajouter cette perte de charge quand le Kv du fabricant est connu ; il vaut zéro par défaut, et la note le dit.

3. Trois colonnes sèches dimensionnées

Les trois cas ci-dessous ont été calculés par l'outil. Les verdicts sont reproduits tels qu'il les rend ; les seuils auxquels il les compare appartiennent au référentiel et ne sont pas publiés ici.

A1 — ERP, colonne sèche DN 65 montante sur huit niveaux

Le cas le plus courant : un établissement recevant du public, un escalier, huit niveaux à 3 m, un raccord d'alimentation en façade relié au pied de colonne par une traînasse de 8 m en premier sous-sol.

Saisie

Ouvrage
Colonne sèche montante, classe DN 65, tube acier série moyenne 76,1 × 3,6
État de surface
Acier galvanisé, valeur de vieillissement
Niveaux
R+1 à R+8, un niveau tous les 3 m, prise double DN 40 en coffret à chaque niveau
Traînasse
8 m, sans dénivelé, premier sous-sol
Singularités
Au forfait
Débit de calcul
Le débit minimal que le référentiel fixe pour la classe
Pression déclarée à l'alimentation
15 bar

Résultat

Vitesse dans la colonne
4,47 m/s
Longueur développée totale
32 m, traînasse comprise
Perte de charge à la prise la plus défavorisée (R+8)
1,65 bar
Pression requise à l'alimentation
10,13 bar
Pression disponible en R+8
10,87 bar
Marge sur la pression déclarée
4,87 bar
✓ Toutes les caractéristiques exigées sont satisfaites. Diamètre intérieur, diamètre de la traînasse, budget de perte de charge, pression à la prise la plus défavorisée et pression requise à l'alimentation : cinq verdicts au vert.

À lire dans le sens inverse : sur cette colonne, l'engin doit fournir un peu plus de 10 bar. Les deux tiers de cette pression ne servent pas à vaincre les frottements — ils servent à monter l'eau de 25 m.

A2 — la même colonne portée à 66 m, et pourquoi elle tombe

Même ouvrage, même tube, même traînasse : seuls les niveaux changent, R+1 à R+22, un niveau tous les 3 m. C'est l'exemple qui montre à quoi sert l'outil.

Résultat en DN 65

Perte de charge à la prise la plus défavorisée (R+22)
3,81 bar
Pression requise à l'alimentation
16,41 bar
Pression disponible en R+22, sous 15 bar
4,59 bar
✕ Deux verdicts tombent. La pression n'est pas tenue à la prise la plus défavorisée, et surtout la pression requise à l'alimentation dépasse le plafond auquel le référentiel fait réaliser l'essai quinquennal en régime d'écoulement. Autrement dit : cette colonne ne pourrait pas passer son propre essai de maintenance. Le défaut est de conception, il se voit ici et pas à la réception.

Le budget de perte de charge, lui, n'est pas dépassé — 3,81 bar sur 74 m de tube. C'est bien la hauteur qui condamne l'ouvrage, pas le frottement, et c'est exactement ce que la séparation des deux termes permet de voir.

Le même ouvrage en DN 100

Vitesse dans la colonne
3,19 m/s
Perte de charge à la prise la plus défavorisée
1,13 bar
Pression requise à l'alimentation
13,73 bar
Marge sur 15 bar
1,27 bar
✓ Aucun verdict en défaut. La classe supérieure appelle un débit plus élevé, donc davantage de frottement à section égale — mais la section, ici, augmente plus vite que le débit. Le passage en DN 100 rachète 2,7 bar, et l'ouvrage rentre.

L'outil ne choisit pas le diamètre nominal : le référentiel renvoie ce choix à la réglementation applicable, et le renvoi est explicite. Ce que l'outil fait, c'est vérifier le DN saisi et rendre l'écart entre les deux hypothèses visible en deux calculs.

A3 — colonne descendante desservant trois niveaux de sous-sol

Une colonne sèche descendante, trois sous-sols à 3 m, raccordement direct, singularités comptées au détail (deux coudes à grand rayon et un té de passage sur le premier tronçon).

Perte de charge à la prise la plus défavorisée
0,248 bar
Effet du dénivelé sur la prise la plus basse
− 0,750 bar
Pression requise à l'alimentation
6,09 bar

Sur une descendante, le dénivelé aide : la colonne d'eau pousse dans le sens de l'écoulement, et la pression requise à l'alimentation descend presque à la seule pression exigée à la prise. C'est le signe, dans la note, que le calcul a bien vu le sens de l'ouvrage.

! En descendante, la dotation en prises exigée par le référentiel n'est pas la même qu'en montante à classe égale. C'est la seule différence entre les deux colonnes du tableau, et elle se perd vite : l'outil la contrôle niveau par niveau et nomme ce qui manque.

4. Les colonnes en charge : zones de pression et réserve

Une colonne en charge n'est pas une colonne sèche remplie d'eau. Elle relève du chapitre 5 de le référentiel, qui lui donne son propre point de fonctionnement, sa réserve, son dispositif d'alimentation secouru, et une contrainte que l'outil met en avant parce qu'elle décide de l'architecture du réseau.

La contrainte qui commande le découpage

L'inspection mensuelle impose de valider, à chaque niveau, une pression statique comprise dans une fenêtre de 2 bar de large. Une colonne d'eau de 2 bar mesure environ 20,4 m. Une zone de pression ne peut donc pas dépasser cette hauteur : c'est arithmétique, et aucun réglage en pied de colonne n'y change rien.

! C'est une exigence de maintenance qui se joue à la conception. Une colonne trop haute pour une seule zone ne pourra jamais être déclarée conforme au mois le mois. L'outil le dit au moment où l'on peut encore agir, plutôt que dix ans plus tard.

A4 — IGH, colonne en charge desservant quinze niveaux à 3,20 m

Deux colonnes en charge, tube acier série moyenne 114,3 × 4,5, réserve en trois compartiments de 60 m³.

Vitesse dans la colonne
1,91 m/s
Perte de charge à la prise la plus défavorisée
0,267 bar
Pression requise au départ de la colonne
11,11 bar
Débit total à délivrer par les pompes
2 000 L/min, deux colonnes fonctionnant simultanément
Étendue de la colonne
44,8 m
Hauteur maximale d'une zone
20,4 m
Zones de pression nécessaires
3
✕ Huit niveaux sortent de la fenêtre statique si l'on tente de tenir la colonne en une seule zone — et l'outil le mesure en calant la prise la plus haute au bas de la fenêtre, c'est-à-dire dans l'hypothèse la plus favorable au projet.

La réserve est traitée à part : l'outil vérifie qu'un compartiment vidé pour entretien laisse encore la réserve entière dans les autres, et il rappelle qu'un compartiment unique ne satisfait jamais cette règle, quelle que soit sa taille.

Ce qui change encore, en charge

5. La conformité à deux poids, et le renvoi de MS 18 § 2

Le rapport de conception ne rend pas un verdict unique. Chaque règle porte sa nature :

Jusque-là, c'est la distinction que l'outil « réseau gaz » du site applique déjà. Mais ici elle se complique d'un point qu'il ne faut surtout pas manquer.

En ERP, le référentiel devient opposable

L'article MS 18 § 2 de l'arrêté du 25 juin 1980 dispose que les colonnes sèches « doivent être conformes aux normes françaises ». Le règlement s'approprie donc le référentiel par renvoi : dans un établissement recevant du public, un écart à le référentiel n'est pas un écart contractuel, il est opposable.

L'outil traite ce renvoi explicitement. Les règles gardent leur nature — une règle de l'art reste une règle de l'art — mais leur gravité est relevée en ERP, et le rapport nomme le fondement de ce relèvement. Sans cela, l'outil classerait en « écart de marché », dans un ERP, ce qu'une commission de sécurité relève en non-conformité.

A5 — la même colonne, jugée dans deux régimes

Une colonne sèche montante décrite à l'identique, avec tout de prévu sauf deux points : la pancarte indiquant l'escalier desservi, et le repérage de la traînasse et de la colonne par anneaux aux couleurs conventionnelles.

RégimeNon-conformités dont par renvoiÉcarts
Établissement recevant du public2 10
Bâtiment d'habitation0 01

Le premier manquement — la pancarte — vient directement de l'arrêté : il est une non-conformité en ERP, et il disparaît en habitation, où l'arrêté ne s'applique pas. Le second — le repérage par anneaux — vient du référentiel : il est un écart en habitation, et une non-conformité par renvoi en ERP. Même description, même outil, deux lectures — et c'est le droit qui les sépare, pas un réglage.

! Hors ERP, l'outil ne connaît aucun texte qui rende le référentiel opposable, et il le dit plutôt que de le laisser supposer. Le renvoi ne s'étend pas non plus aux colonnes en charge : MS 18 ne les vise pas.

Un refus doit dire ce qui manque

C'est le point d'usage de tout le volet conception. L'outil ne renvoie pas « non conforme » : il renvoie la règle, ses conditions, et celles qui ne sont pas déclarées. Savoir qu'une disposition est refusée n'aide personne ; savoir qu'il ne manquait qu'une pancarte change la journée.

Corollaire : ce qui n'est pas coché est réputé non prévu. Une case vide n'est jamais lue comme satisfaite, et une disposition mal orthographiée dans un projet rechargé est écartée plutôt que prise pour argent comptant.

6. Le schéma de principe

Le référentiel exige, au dossier technique, « un plan schématique de chaque colonne précisant les caractéristiques dimensionnelles et les composants ». L'onglet « Schéma » produit cette pièce, et l'exporte en SVG.

Y figurent : le raccord d'alimentation avec sa hauteur et son inclinaison, la traînasse ou le raccordement direct, le fût de la colonne, chaque niveau avec son repère, sa cote, sa dotation en prises et — après calcul — sa perte de charge cumulée et sa pression disponible, plus la purge d'air et la vidange. Les dispositifs non déclarés sont dessinés en pointillé et signalés comme tels : un schéma qui les montrerait pleins ferait croire à un ouvrage complet.

7. Enregistrer, rouvrir, exporter

8. Ce que l'outil ne dit pas

! Un dernier point, que l'outil affiche lui-même dès qu'aucun manquement n'est relevé : l'absence de non-conformité ne vaut pas conformité de l'installation. L'outil ne juge que ce qui lui a été décrit, et son référentiel n'est pas exhaustif.

Références documentaires : NF S 61-759 (juin 2007, A1 et A2) ; NF S 61-758 (robinetterie, non dépouillée).